Les Recluses dans l’histoire: sainte Colette de Corbie

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Sainte Colette de Corbie

Recluse et réformatrice

colette2Colette Boëllet naît le 13 janvier 1381 à Corbie, en France. Son père, Robert Boëllet, est maître-charpentier de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre de Corbie. Sa mère, Marguerite Moyon, vit de la spiritualité franciscaine en se dévouant aux pauvres et en méditant quotidiennement la Passion du Christ. La naissance de Colette est pour eux une bénédiction. Car devenus âgés et sans enfant, ils avaient prié saint Nicolas de leur donner une descendance. Lorsque Colette naît, ils la nomment Nicolette en reconnaissance au saint, prénom qui deviendra par la suite Colette.

Les récits de son enfance rapportent comment Colette se retire en solitude pour prier; redistribue ses repas aux pauvres; aime la liturgie bénédictine à laquelle elle assiste la nuit à l’insu de ses parents. À l’âge de 18 ans, sa mère étant déjà décédée, son père, avant de mourir, la confie au père Jean Bassand, célestin et prieur du monastère Saint-Benoît d’Amiens, qui devient alors son tuteur.

 

Recherche de sa voie

Après avoir refusé plusieurs propositions de mariage, Colette prononce, à 19 ans, le vœu de virginité. En quête de sa voie, elle fait trois expériences de vie religieuse. D’abord chez les béguines de Corbie pendant un an, ensuite comme converse chez les bénédictines et enfin comme servantes chez les clarisses urbanistes près de Senlis. Aucune de ces expériences ne comble son désir d’absolu. Il faut dire qu’à cette époque plusieurs communautés vivent un relâchement de leur règle primitive. Colette ne retrouve pas la pauvreté radicale dont elle a soif. De retour à Corbie, elle rencontre le père Jean Pinet, supérieur du couvent franciscain de Hesdin, qui lui propose de vivre en recluse sous la règle du tiers-ordre franciscain.

Recluse à Corbie

Plan du reclusoir de sainte Colette
Plan du reclusoir de sainte Colette

Le 17 septembre 1402, à l’âge de 21 ans, Colette entre en réclusion perpétuelle dans une cellule adossée à l’église Notre-Dame de Corbie, plus tard appelée Saint-Étienne. La cérémonie est présidée par l’abbé de Corbie, le comte Raoul de Roye, et l’homélie est prononcée par le père Jean Pinet. Pendant quatre ans, Colette mena une vie sobre, se vêtant d’une haire (chemise de crin ou de poil de chèvre). Elle dormait sur la terre nue, avec sous la tête pour oreiller un dur bloc de bois. La recluse est respectée et soutenue par son entourage. Elle mûrit et acquiert l’expérience de la direction spirituelle plusieurs personnes venant lui demander conseil.

Surgit alors un événement qui changera la direction de sa vie. Dans une vision, Colette reçoit la mission de réformer les trois ordres franciscains. Elle lutte d’abord, croyant que c’est une illusion cherchant à la faire sortir de sa réclusion. Et puis, elle consulte. Tous sont favorables et l’encouragent à suivre cet appel. Le 2 août 1406, avec l’aide de son confesseur, Henri de Baume, et de la Baronne de Brissay, Colette se met en route pour Nice. Le jour précédant, elle recevait sa dispense accordée par l’évêque d’Amiens.

Rencontre avec le pape

Arrivée à Nice en septembre, Colette rencontre le pape Benoît XIII le 14 octobre. Elle reçoit de ses mains l’habit de clarisse et le voile noir de professe. Ses quatre années de réclusion lui auront servi de noviciat. Le pape confirme la mission de Colette en la nommant mère et abbesse de toutes les religieuses qui devaient venir à la reformacion du dit ordre. Différentes bulles papales l’autorisent à fonder un monastère selon la Règle de saint Claire.

Fondations et Réforme

Colette revient à Corbie désirant fonder son premier monastère dans sa ville natale. Mais l’accueil est désastreux. Les habitants n’ayant pas compris son départ, lui sont devenus hostiles. Elle est donc accueillie par la comtesse Blanche de Genève chez qui elle loge avec des compagnes. En janvier 1409, le pape Benoît XIII confie à Colette le monastère des clarisses urbaniste à Besançon. Elle en prend possession deux ans plus tard et y établit la Pauvreté de la Règle de sainte Claire. Les vocations affluent…

De 1410 à 1447, Colette fondera seize monastères et en refondra deux. Des familles nobles se lient d’amitié avec elle et l’aident dans ses nombreuses fondations. En 1430, Colette écrit ses propres Constitutions approuvées quatre ans plus tard par le ministre général de l’Ordre, Guillaume de Casal. Elle reprend la Règle de Claire conservant l’idéal de la Pauvreté évangélique de saint François et de sainte Claire – ne rien posséder en propre ou en commun. Aux vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, Colette ajoute le vœu de clôture. Autre particularité, elle ne désire pas de sœurs converses.

Pour embellir les Offices liturgiques, Colette conçoit un mode de psalmodie lente et suppliante qui deviendra une caractéristique des moniales colettines. Elle insère aussi dans ses Constitutions une pratique plus régulière de l’Eucharistie, soit un dimanche sur deux, contrairement aux sept réceptions annuelles inscrites dans la Règle de Claire. Elle-même communie fréquemment, parfois quotidiennement, fait inhabituel pour l’époque.

sarcophage_coletteRecluse en Dieu

Dans chacun des monastères, Colette se fait construire une cellule avec un oratoire donnant sur la chapelle. Elle suit ainsi la messe en privé comme au temps de sa réclusion à Corbie. Bien qu’elle voyage beaucoup pour visiter ses fondations, Colette demeure parfaitement Marthe et Marie des Évangiles.

Le 6 décembre 1446, Colette arrive au monastère de Bethléem, à Gand, en Belgique. Trois mois plus tard, à l’âge de 66 ans, elle y meurt entourée de ses sœurs et de ses frères colettins. Elle fut enterrée dans le cimetière du monastère, sans suaire ni cercueil. En 1807, Colette est canonisée par le pape Pie VII.


Péripéties de la Règle de sainte Claire

1216 – Claire obtient le Privilège de Pauvreté.

1218 – Les clarisses doivent suivre la Règle du cardinal Hugolin en référence à la Règle de saint Benoît.

Sainte Colette recluse, pérégrine, fondatrice - Éditions franciscaines, 2008
Sainte Colette
recluse, pérégrine, fondatrice – Éditions franciscaines, 2008

1247 – Promulgation d’une Règle faisant référence à celle de saint François.

9 août 1253 – Approbation de la Règle de Claire par le pape Innocent IV.

11 août 1253 – Décès de Claire.

1263 – La Règle de Claire est altérée par celle d’Urbain IV. Les clarisses urbanistes ayant adopté cette Règle, renoncent à la Pauvreté absolue de la Règle de Claire.

1410 à 1447 – Réforme de Colette. Petit à petit, c’est tout l’ordre qui retournera à la Règle primitive de sainte Claire.

1952 – En France, sur 54 monastères de Clarisses, 34 étaient issus de la Règle de Colette. En Belgique, sur les 39 monastères, 38 étaient des Clarisses colettines.

Concile Vatican II – Les Clarisses colettines reviennent à la Règle de Claire, éliminant ainsi cette distinction dans l’Ordre des Clarisses.