Témoins de l’Eucharistie : Mgr Oscar Romero

Le 24 mars 1980, Mgr Oscar Romero,
archevêque de San Salvador mourait
assassiné alors qu’il célébrait l’Eucharistie. Peu après sa mort, le peuple n’hésita pas à l’appeler: saint Romero d’Amérique, martyr, prophète et pasteur. Pendant les trois années où il fut archevêque de San Salvador, il prit avec courage et ténacité la défense des pauvres et de toutes les victimes de la répression militaire. Un tel engagement ne lui fut pas pardonné.


La solidarité avec les opprimés était devenue pour Mgr Romero une option de la vie quotidienne et un chemin concret d’insertion évangélique et de mission. Ce fut pour lui un chemin de conversion personnelle, de recherche et d’approfondissement intérieur. Sa foi en Dieu l’a fortement interpellé à assumer radicalement la cause de Dieu, c’est-à-dire défendre la vie de toute personne et de tous les vivants.

Depuis 1998, une statue d’Oscar Romero figure dans la série des dix martyrs de l’abbaye de Westminster, entre celles des pasteurs protestants Martin Luther King et Dietrich Bonhoeffer.

Mgr Romero a travaillé pour des structures justes qui rendraient la vie possible pour tous les Salvadoriens, paysans, ouvriers et habitants des quartiers pauvres. Il disait que l’extrême pauvreté des paysans touchait le cœur de Dieu. Dans la négation de l’être humain, il voyait la négation de Dieu.

Lorsque Oscar Romero fut nommé archevêque de San Salvador en 1977, le gouvernement s’en réjouit, car cet homme était si simple et humble, que ceux qui s’étaient installés au pouvoir depuis quarante ans pensèrent le manipuler facilement. Beaucoup de chrétiens venus assister à la cérémonie d’intronisation retournèrent chez eux tristes et déçus de l’homélie du nouvel archevêque.


À peine quelques semaines après la prise de possession de son diocèse, le Père Rutilo Grande fut assassiné avec un paysan et son fils. La souffrance ressentie lors de cet événement l’ouvrit à une nouvelle dimension de sa foi. Âgé de 59 ans, il fit preuve d’une véritable humilité en modifiant sa façon de penser et d’agir. Il prit la défense des opprimés et comprit de manière nouvelle et différente son ministère épiscopal.


  • Il naît le 15 août 1917 à Ciudad Barrios au Salvador.
  • En 1942, il reçoit l’ordination sacerdotale.
  • Le 21 juin 1970, il est ordonné évêque et en 1977 devient l’Archevêque de San Salvador. Sa devise épiscopale : Sentir avec l’Église.
  • Il décède le 24 mars 1980, assassiné à l’âge de 62 ans. Trois cent cinquante mille personnes assistent à ses funérailles en plus des trois cents prêtres et trente évêques du monde entier.
  • En 2007, le pape Benoît XVI se prononce en faveur de la béatification, voyant en Mgr Romero un « grand témoin de la foi » mais en s’opposant à une lecture exclusivement politique de sa mort. En 2015, le pape François autorise le décret en vue de sa béatification, célébrée le 23 mai 2015 à San Salvador.
  • Le 6 mars 2018, le pape François reconnaît comme authentique un miracle attribué à l’intercession d’Oscar Romero. Cette reconnaissance ouvre la voie à sa canonisation, cérémonie qui se déroule le 14 octobre 2018 à Rome, durant le synode des jeunes.
  • Mgr Oscar Romero est le premier Salvadorien à être élevé aux autels, le premier archevêque d’Amérique à être déclaré martyr après le Concile Vatican II. Il est également le premier saint autochtone d’Amérique centrale.


À partir de ce moment, l’archevêque de San Salvador vécut sa foi comme un engagement pour la construction de la paix, fondée sur la solidarité et la justice. Depuis les années 60 en Amérique centrale, spécialement au Nicaragua, El Salvador et Guatemala, il y avait une véritable guerre civile avec des milliers de personnes assassinées par les dictatures militaires. Au cœur de cette situation, Mgr Romero affronte le conflit engendré par l’injustice sociale. Il cherche à promouvoir l’entente et le dialogue basés sur la justice et la vérité.

En dénonçant ainsi les abus de pouvoir et les injustices, Mgr Romero devint une menace pour les dirigeants du pays. L’archevêque subit alors plusieurs formes d’intimidation sans que cela ne l’arrête dans sa tâche de pasteur. Il tenta même d’entrer en dialogue avec ceux qui l’intimidaient en leur lançant cet appel :

Peinture murale de la Faculté des sciences juridiques et sociales de l’Université du Salvador.



Mgr Romero avait peur de mourir; il aimait la vie. Mais petit à petit, il assuma ce qui devenait évident. Il savait qu’un jour il payerait de sa vie la cause qu’il épousa. Il répétait toujours : « Moi, on peut me tuer, mais on ne tuera pas la voix de la justice. » Il suivit son Maître jusqu’au bout lorsqu’il fut assassiné pendant qu’il célébrait l’Eucharistie. À 18h25, ayant terminé son sermon, il fut atteint par un projectile qui, en explosant en d’innombrables fragments, provoqua une hémorragie interne. Mgr Romero venait tout juste d’étendre le corporal sur l’autel lorsqu’il s’effondra mêlant ainsi son sang au vin du calice de l’offertoire. Comme Jésus, Mgr Romero a vécu sa mission comme un acte d’amour. «Il
avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à l’extrême» (Jn 13,1).

À la veille de sa mort, dans son sermon du dimanche, les paroles prononcées par l’archevêque de San Salvador continuent à résonner :

En tant que chrétien je ne crois pas en la mort, mais en la résurrection. En tant que pasteur, j’ai le devoir de donner ma vie pour ceux que j’aime, pour tous les Salvadoriens, y compris pour ceux qui vont m’assassiner. Le martyre est une grâce dont je ne me crois pas digne. Cependant, si Dieu accepte le sacrifice de ma vie, que mon sang soit semence de liberté et signe de ce que, bientôt, l’espérance va devenir réalité. Si Dieu accepte ma mort, que ce soit pour la libération de mon peuple et en témoignage d’espérance dans le futur. Si l’on parvient à me tuer, je pardonne et je bénis ceux qui le feront. Un évêque va mourir mais l’Église de Dieu, qui est son peuple, ne mourra jamais.


Tombe de Mgr Oscar Romero à la Cathédrale Métropolitaine de San Salvador.

Vitraux du mur ouest de l’église catholique romaine Saint-Thomas-d’Aquin, sur le campus St. George de l’Université de Toronto, représentant saint Oscar Romero, saint Pier Giorgio Frassati et saint André Bessette.




SOURCE : Ce texte s’inspire principalement de l’article de Marcelo Barros, moine bénédictin de Goias (Brésil), écrit lors du 25e anniversaire de la mort de Mgr Romera, en février 2005.

PHOTOS : Les photos ont été prises sur le site de Wikipédia dédié à Mgr Oscar Romero.


2 Responses

  1. Carl Taylor

    AMEN A ce merveilleux texte dont on a tant besoin aujourd’hui, surtout au Nicaragua ou des soeurs de la charité ont étés expulsées et où les prêtres doivent donner la communion a travers des grillages autour de leurs églises condamnées. Ce vitrail est également si beau!!!

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