Entrevue avec le Vice-postulateur de la cause de Jeanne Le Ber

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M. Georges Bellemare, vice-postulateur de la cause de Jeanne Le Ber

Le procès diocésain de la Cause de Jeanne Le Ber vient de vivre une étape importante. Mardi, le 29 septembre, la Cérémonie de clôture de l’enquête canonique a eu lieu à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, lieu où reposent les restes de Jeanne. Afin de mieux saisir les enjeux et tout le travail requis, nous vous présentons une entrevue réalisée avec le vice-postulateur, M. Georges Bellemare!


Photo crédit : François Gloutnay/Présence-info


Réponse : Une étude en vue d’une canonisation est demandée au Dicastère romain des Causes des Saints par l’évêque du diocèse où est décédé le serviteur de Dieu et l’enquête qui s’ensuit se déroule au même endroit. L’évêque ou son délégué nomme un postulateur, ce dernier doit obligatoirement résider à Rome. Si la cause est hors de la ville éternelle, le postulateur nomme un vice-postulateur qui doit habiter dans le diocèse où sera menée l’enquête canonique.

La responsabilité du vice-postulateur est de maintenir le lien entre le postulateur et le diocèse où se tient le procès diocésain. Tout ce que le postulateur ne peut faire, n’étant pas sur place, c’est son représentant qui en a la charge.

En collaboration avec la Chancellerie, il m’a fallu recruter les membres du Tribunal diocésain, les deux censeurs théologiens, les trois membres de la Commission historique, un prêtre ou un évêque pour présenter les vertus théologales et cardinales du serviteur de Dieu.

Autres tâches :

  • Contacter des témoins.
  • Prévoir et rassembler les différents documents officiels, par exemple le Nihil Obstat, les décrets, les nominations, les assermentations, les déclarations, les rapports d’enquêtes, les témoignages, etc.
  • Ordonnancer toutes les séances du tribunal, ce qui n’est pas une mince affaire.
  • Résoudre les divers problèmes qui surgissent, surmonter les obstacles qui se dressent, combler les vides qui se produisent, etc.
  • Organiser la séance publique d’ouverture et celle de clôture de l’enquête canonique diocésaine, lieu, déroulement de la cérémonie, et tout ce que cela implique.
  • Répondre à de très nombreux courriels, tant reçus d’ici que d’Europe.

En octobre 2015, Mgr Christian Lépine, Archevêque de Montréal, a écrit au Dicastère des Causes des Saints demandant l’autorisation d’introduire la cause de vénérabilité de Jeanne Le Ber.


R/ : Quelle organisation ne rencontre pas d’obstacle en cours de route ? Hé oui ! il y en a eu, et de sérieux. Les remplacements de personnes malades ou démissionnaires ou pour d’autres raisons, ont été les opérations les plus complexes à réaliser. Les directives émanant du Dicastère des Causes des Saints doivent être suivies et appliquées. Elles nous aident à résoudre les divers problèmes. Avec l’aide du Ciel, de nos anges gardiens, de Jeanne elle-même et du personnel de la Chancellerie et en particulier de madame Anne-Marie Bragagnolo*, les obstacles ont été levés un à un, parfois avec plus de difficulté, mais toujours des solutions ont été trouvées.

Tout cela a demandé beaucoup de patience et de diplomatie et continuera d’en demander encore.

*En 2023, elle a notamment été désignée comme notaire-secrétaire du tribunal ecclésiastique mis en place par Monseigneur Christian Lépine pour l’ouverture du procès diocésain de la cause de canonisation de Jeanne Le Ber.


La recluse mystique de Montréal Jeanne Le Ber

Le Lancement du livre de M. Bellemare a eu lieu le 10 juin 2024.

R/ : Après avoir rédigé une biographie très fouillée de 634 pages — la plus complète à ce jour — de mon amie Jeanne, on devient indubitablement son intime. En retrouvant l’ambiance et le contexte historique dans lesquels Jeanne a vécu, d’autres facettes de sa personnalité se révèlent.

Jeanne est une fille très humble, très obéissante, d’une très grande créativité et d’une remarquable dextérité manuelle. Elle est très disciplinée et joviale. Jeanne a une très grande foi, mais une foi qui va au-delà de la nôtre, de celle du charbonnier, une foi qui devient une certitude. Elle n’a plus besoin de croire, elle est convaincue, oui, convaincue de la présence de Jésus dans l’Eucharistie, elle Le voit avec ses yeux de l’âme, ses yeux mystiques. Elle est aussi convaincue de la présence de ses amis les saints anges, elle converse simplement avec eux, on pourrait croire que c’est du bluff, mais non c’est de la vision et de l’audition mystique. La foi et l’espérance n’existent plus au ciel, il n’y a que la Charité, c’est-à-dire l’AMOUR. Jeanne aurait certainement aimé le cantique connu : « Dieu est Amour, Dieu est Lumière, Dieu notre Père ». Seuls ceux qui vivent les deux pieds bien à terre et qui ont le cœur entier au ciel peuvent arriver à vivre ces moments de grâces.

Ce qui caractérise nettement Jeanne, c’est sa CHARITÉ. Son père, Jacque Le Ber, très riche négociant, donne, non pas un héritage à sa mort, mais une dot colossale, à sa fille unique Jeanne, dès sa jeunesse en vue de son mariage. Que fait-elle ? Elle se donne à son Époux mystique, Jésus, et refuse de se marier. Mais qu’arrivera-t-il de sa grande fortune ? Elle la distribue avec discernement tout au long de sa vie, suivant ainsi le conseil que Jésus donne au jeune homme riche : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? Jésus lui déclara : Si tu veux être parfait, va, vends tes biens et donnes-en le prix aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux (Mt 19, 16-21) ».

La recherche, aux Archives nationales du Québec, des actes notariés au sujet de Jeanne Le Ber et de son père, m’a fait découvrir l’ampleur de la fortune que Jeanne a entièrement donnée, et ce, sans rien garder pour elle, ni pour son confort. De fille la plus fortunée de la Nouvelle-France, elle est devenue volontairement la plus pauvre du pays.

Combien y a-t-il de femmes, depuis plus de 2000 ans, qui ont réalisé ce don total par amour des pauvres et de Jésus qu’elle voyait en eux ?


R/ : Les enquêtes canoniques sont encadrées par des directives très strictes décrites en 150 articles et quatre appendices de 15 articles, le tout émanant du Dicastère romain des Causes des Saints. Le but d’une enquête canonique est de démontrer la réputation de sainteté ou de martyre et les vertus héroïques d’un serviteur de Dieu.

Le procès diocésain concentre ses travaux par la compilation des rapports et les recherches historiques, premièrement sur les écrits qu’a laissés le serviteur de Dieu, puis, sur le témoignage des témoins oculaires, puis sur les écrits historiques, sur les biographies et sur les actes légaux.

Jeanne n’a laissé qu’une seule page écrite, une prière dont on est assuré qu’elle soit véritablement écrite par elle. La biographie, la plus exacte et authentique, a été rédigée par un contemporain qui a bien connu Jeanne et sa famille, le sulpicien François Vachon de Belmont, (1645-1732). La deuxième biographie a été rédigée par un autre sulpicien, Étienne Montgolfier, (1712-1791), en 1779, soixante-cinq ans après la mort de Jeanne. Il rapporte des témoignages verbaux de personnes, devenues âgées, qui ont connu Jeanne de son vivant.

François Vachon de Belmont (1645-1732), sulpicien

François Vachon de Belmont

1er Biographe de Jeanne Le Ber

Tous les autres biographes ne peuvent que puiser dans ces deux témoignages remontant au XVIIIème siècle ou dans les archives judiciaires et dans les archives des communautés religieuses de l’époque.

Il y a aussi les rapports d’enquêtes dressés par des experts pour établir l’authenticité des restes du serviteur de Dieu, le lieu de sa sépulture, et une déclaration de l’absence de culte ecclésiastique public.


R/ : Afin d’éviter toute confusion, toute ambiguïté, toute méprise, l’Église se réserve la prérogative de proclamer sainte toute personne catholique, serviteur de Dieu, après une étude très approfondie de la réputation de sainteté et des vertus héroïques du vivant de la personne et après sa mort.

Avant la canonisation, il est donc interdit aux prêtres de rendre un culte public à une personne, même si on croit qu’elle est sainte, en célébrant une messe dédiée à cette personne. Cependant, quiconque peut en particulier adresser ses prières à ce futur saint. Mais, seulement après cette reconnaissance publique par l’Église, les prêtres sont alors autorisés à célébrer la messe dédiée à ce nouveau saint, d’où l’expression populaire qui dit : « il a été mis sur les autels ».


Image par Angeles Balaguer de Pixabay

R/ : Le dernier travail à accomplir après la clôture publique de l’enquête canonique, consiste à rassembler toute la documentation produite et accumulée, d’en faire des photocopies certifiées, numérotées et authentifiées par les notaires-secrétaires du tribunal et le Promoteur de justice. Ces deux exemplaires de l’enquête sont placés dans une caisse qui est fermée, ficelée et scellée du sceau de l’archevêché.

Le Courrier, à savoir l’Officier chargé de remettre les actes de l’Enquête, expédie les documents au Dicastère des Causes des Saints par un moyen sûr. Par exemple, portés de main à main ou transmis par la valise diplomatique du Saint-Siège.

Mandaté et assermenté par Mgr Lépine, le vice-postulateur de la cause de Jeanne ira au Vatican remettre au Dicastère le lourd et précieux coffre scellé. Un expert du Dicastère va le recevoir, puis l‘ouvrir, et soumettre son contenu à une vérification juridique.

Puis, nommé Relateur par le Préfet du Dicastère, un théologien va prendre en main la suite des choses qui consiste en l’étude de la cause par plusieurs spécialistes. L’étude terminée, le Cardinal, Préfet du Dicastère, fera une recommandation favorable ou défavorable au Pape. Si elle est favorable, alors le Pape décrétera la vénérabilité de Jeanne.

Cependant, Jeanne, suivant le conseil de Jésus, a donné toute sa fortune aux pauvres. Pour cette action, et pour les siècles écoulés depuis sa mort, Jeanne pourrait bénéficier d’une canonisation dite « équipollente »*, c’est-à dire, plus rapidement que d’habitude.

C’est notre plus cher désir!


* Une canonisation équipollente est une procédure exceptionnelle de l’Église catholique par laquelle le Pape inscrit un bienheureux au catalogue des saints pour l’Église universelle sans exiger de nouveau miracle ni organiser de cérémonie solennelle. Quelques exemples : François de Laval et Marie de l’Incarnation canonisés par le pape François en 2014 et Hildegarde de Bingen canonisée par Benoît XVI en 2012.


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