
Le tabernacle, lieu de la Shekinah
Les racines juives d’Édith Stein ont nécessairement imprégné sa foi chrétienne. Le tabernacle lui parle tout spécialement en tant que lieu de la Présence de Dieu, la Shekinah. Pendant ses années d’enseignement au Collège des Dominicaines de Spire, Édith passe des heures devant le tabernacle. Ce «devant» devient très vite «dans». Édith est là dans la Présence, à l’ombre de ses ailes.
Par son étymologie, le tabernacle renvoie aux Écritures. Cette petite tente n’est pas sans lien avec la «tente de la rencontre» dans le désert au livre de l’Exode, où vient s’établir la nuée, la Présence de Dieu, la Shekinah. La tente de l’Exode contient un peu de pain ainsi que l’arche de l’Alliance sur laquelle repose le propitiatoire (le Kippour) enveloppé par les ailes de deux chérubins inclinés en adoration. Dieu a ainsi manifesté sa fidélité à son peuple tout au long de son cheminement difficile vers la liberté.

Reconstitution du Tabernacle dans le Parc de Timna dans la région du Néguev, en Israël
Source : Wikipédia
Dans le Prologue de saint Jean, l’Incarnation de Jésus est exprimée par cette métaphore: «Il a planté sa tente parmi nous.» Quand Édith se tient là devant le tabernacle, elle est bien dans le «lieu» au sens juif du terme, donc dans l’Un. D’un point de vue dogmatique, la chose me semble tout à fait claire: le Seigneur est présent dans le tabernacle, dans sa divinité et dans son humanité, écrira-t-elle dans une lettre en 1933. Dans un poème, elle exprimera le sens profond de cette Présence :
Tu n’as pas voulu laisser tes enfants orphelins,
Tu t’es bâti une tente au milieu d’eux.
Tu trouves ton plaisir à y demeurer
Et tu seras là jusqu’à la fin des temps.
Faits saillants de sa vie
Née le jour de la Fête du Yom Kippour, fête de l’Expiation, Édith Stein y puisera progressivement le sens même de sa vie. En avril 1933, devenue depuis peu soeur Thérèse Bénédicte de la Croix au Carmel de Cologne, elle a la certitude d’avoir été exaucée dans son désir du portement de la croix pour et avec le peuple juif. Même si toutes les mesures ont été prises pour qu’elle échappe au sort tragique de la Shoah, lorsque l’inévitable se présente, Édith fait de sa mort, avec le Christ, un «mourir vers le Père». Mais ce don d’elle-même mûrissait depuis un certain temps. Déjà en 1932 elle écrivait:
Il est une vocation à la souffrance avec le Christ et en ceci à la collaboration à son oeuvre de rédemption. Quand nous sommes liés au Seigneur, nous sommes membres du corps du Christ; le Christ continue de vivre et de souffrir en ses membres; et la souffrance supportée en union avec le Seigneur est sa souffrance, située dans la grande oeuvre de rédemption et en ceci féconde.
Arrêtée par la Gestapo le 2 août 1942, Édith sera une présence chrétienne (une shekinah) dans les camps et sera un signe de réconfort. Dans sa dernière lettre datée du 6 août, jour de la fête de la Transfiguration, elle écrivait à sa prieure: Ai pu jusqu’ici prier merveilleusement.
Le terme «merveilleusement» peut surprendre compte tenu des conditions dans laquelle elle se trouvait. Mais ces derniers mots d’Édith laissent entrevoir qu’elle n’a pas été vaincue. Même si on lui a pris sa vie, on ne lui a pas pris sa relation à Dieu, ni sa relation aux autres, car elle a su se maintenir dans la Présence du Christ, lui-même présent au milieu de la souffrance des siens. Édith a su transfigurer sa mort en don d’elle-même par amour pour Dieu et pour son peuple.
Édith se tient devant la Présence, attitude éminemment juive et biblique. Et c’est à cause de cette Présence divine dans l’Eucharistie qu’elle-même devient «présence» parmi les siens. En devenant «Un» avec le Christ, elle fait de sa vie une offrande expiatrice.


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