Témoins de l’Eucharistie : Édith Stein

Sainte Édith Stein

Le tabernacle, lieu de la Shekinah

Les racines juives d’Édith Stein ont nécessairement imprégné sa foi chrétienne. Le tabernacle lui parle tout spécialement en tant que lieu de la Présence de Dieu, la Shekinah. Pendant ses années d’enseignement au Collège des Dominicaines de Spire, Édith passe des heures devant le tabernacle. Ce «devant» devient très vite «dans». Édith est là dans la Présence, à l’ombre de ses ailes.


Par son étymologie, le tabernacle renvoie aux Écritures. Cette petite tente n’est pas sans lien avec la «tente de la rencontre» dans le désert au livre de l’Exode, où vient s’établir la nuée, la Présence de Dieu, la Shekinah. La tente de l’Exode contient un peu de pain ainsi que l’arche de l’Alliance sur laquelle repose le propitiatoire (le Kippour) enveloppé par les ailes de deux chérubins inclinés en adoration. Dieu a ainsi manifesté sa fidélité à son peuple tout au long de son cheminement difficile vers la liberté.


Reconstitution du Tabernacle dans le Parc de Timna dans la région du Néguev, en Israël

Source : Wikipédia


Dans le Prologue de saint Jean, l’Incarnation de Jésus est exprimée par cette métaphore: «Il a planté sa tente parmi nous.» Quand Édith se tient là devant le tabernacle, elle est bien dans le «lieu» au sens juif du terme, donc dans l’Un. D’un point de vue dogmatique, la chose me semble tout à fait claire: le Seigneur est présent dans le tabernacle, dans sa divinité et dans son humanité, écrira-t-elle dans une lettre en 1933. Dans un poème, elle exprimera le sens profond de cette Présence :

Tu n’as pas voulu laisser tes enfants orphelins,
Tu t’es bâti une tente au milieu d’eux.
Tu trouves ton plaisir à y demeurer
Et tu seras là jusqu’à la fin des temps.


  • Édith naît à Breslau, aujourd’hui Wroclaw en Pologne, le 12 octobre 1891. Elle a 1 an et demi lorsque son père décède.
  • De 1911 à 1913, elle étudie en psychologie, lettres et histoire à l’Université de Breslau. Elle poursuit ses études en philosophie et en phénoménologie à l’Université de Göttingen.
  • En 1915, elle choisit d’être infirmière militaire pendant la 1ère Guerre Mondiale. Édith défend ensuite sa thèse en 1916 sur l’intuition et l’empathie à l’Université de Fribourg. Elle devient une des premières femmes ayant le titre de «Docteur».
  • À la lecture de l’autobiographie de Thérèse d’Avila, elle vit une conversion en août 1921 et décide de recevoir le baptême le 1er janvier 1922, à l’âge de 30 ans.
  • De 1922 à 1932, Édith enseigne chez les Dominicaines de Sainte-Madeleine à Spire, une École normale pour jeunes filles.
  • En 1933, elle entre au Carmel de Cologne et sera transférée au Carmel d’Echt en Hollande en 1939 lors du déclenchement de la 2e Guerre Mondiale.
  • Le 2 août 1942, soeur Thérèse Bénédicte de la Croix est arrêtée avec sa soeur Rose par la Gestapo. Dans la nuit du 6 au 7 août, elles sont déportées à Auschwitz où elles sont gazées vraisemblablement le 9 août 1942. Édith a 51 ans.
  • Le pape Jean-Paul II la béatifie le 1er mai 1987 et la canonise le 11 octobre 1988. Édith Stein est déclarée patronne de l’Europe en 1999.


Photographie d’Édith Stein, prise immédiatement avant qu’elle quitte le Carmel de Cologne pour se réfugier au Carmel d’Echt, v. 31 décembre 1938.

Née le jour de la Fête du Yom Kippour, fête de l’Expiation, Édith Stein y puisera progressivement le sens même de sa vie. En avril 1933, devenue depuis peu soeur Thérèse Bénédicte de la Croix au Carmel de Cologne, elle a la certitude d’avoir été exaucée dans son désir du portement de la croix pour et avec le peuple juif. Même si toutes les mesures ont été prises pour qu’elle échappe au sort tragique de la Shoah, lorsque l’inévitable se présente, Édith fait de sa mort, avec le Christ, un «mourir vers le Père». Mais ce don d’elle-même mûrissait depuis un certain temps. Déjà en 1932 elle écrivait:

Il est une vocation à la souffrance avec le Christ et en ceci à la collaboration à son oeuvre de rédemption. Quand nous sommes liés au Seigneur, nous sommes membres du corps du Christ; le Christ continue de vivre et de souffrir en ses membres; et la souffrance supportée en union avec le Seigneur est sa souffrance, située dans la grande oeuvre de rédemption et en ceci féconde.


Arrêtée par la Gestapo le 2 août 1942, Édith sera une présence chrétienne (une shekinah) dans les camps et sera un signe de réconfort. Dans sa dernière lettre datée du 6 août, jour de la fête de la Transfiguration, elle écrivait à sa prieure: Ai pu jusqu’ici prier merveilleusement.

Le terme «merveilleusement» peut surprendre compte tenu des conditions dans laquelle elle se trouvait. Mais ces derniers mots d’Édith laissent entrevoir qu’elle n’a pas été vaincue. Même si on lui a pris sa vie, on ne lui a pas pris sa relation à Dieu, ni sa relation aux autres, car elle a su se maintenir dans la Présence du Christ, lui-même présent au milieu de la souffrance des siens. Édith a su transfigurer sa mort en don d’elle-même par amour pour Dieu et pour son peuple.


Tabernacle – Image par Vincent Ciro de Pixabay


Édith se tient devant la Présence, attitude éminemment juive et biblique. Et c’est à cause de cette Présence divine dans l’Eucharistie qu’elle-même devient «présence» parmi les siens. En devenant «Un» avec le Christ, elle fait de sa vie une offrande expiatrice.


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