Témoins de l’Eucharistie : Mgr François-Xavier Nguyen Van Thuân

«Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité.»

Jn 6,51


En l’an 2000, à la demande du pape Jean-Paul II, Mgr François-Xavier Nguyen Van Thuân avait prêché la retraite au Vatican. Il livra alors le témoignage émouvant de ses années comme prisonnier sous le régime communiste au Vietnam. Pendant ses treize années en prison, l’Eucharistie devint le secret de sa vie, son aliment quotidien, le pain de son espérance.

Au moment où tout venait à me manquer, l’Eucharistie a été au sommet de mes pensées. Et cela non par pure dévotion, mais parce que l’Eucharistie est pain de vie: «Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie» (Jn 6,51).


Lors de son arrestation, le 15 août 1975, Mgr François-Xavier a dû partir les mains vides. Lorsqu’il reçoit la permission d’écrire aux siens pour demander les choses les plus nécessaires, il écrit: S’il vous plaît, envoyez-moi un peu de vin, comme médicament contre le mal d’estomac. Les fidèles ont immédiatement compris et une petite bouteille de vin de messe étiquetée «Médicament contre le mal d’estomac» lui est envoyée avec des hosties cachées dans une torche. C’est ainsi qu’à chaque jour, avec trois gouttes de vin et une goutte d’eau dans la paume de sa main, Mgr François-Xavier célèbre la Messe: Chaque jour, en récitant les paroles de la consécration, je ratifie de tout mon cœur et de toute mon âme un nouveau pacte, un pacte éternel entre Jésus et moi, par l’intermédiaire de son sang mêlé au mien. Ainsi, je me suis nourri pendant des années du pain de la vie et du calice du salut.


Mgr François-Xavier n’est pas le seul chrétien à être emprisonné. L’Eucharistie qu’il célèbre, ainsi que trois cents prêtres prisonniers, devint pour les chrétiens une présence cachée au milieu de toutes les difficultés quotidiennes. Au camp de rééducation, ils étaient divisés en groupes de cinquante et ils devaient dormir sur un lit commun ayant chacun seulement cinquante centimètres. Le soir, à 21h30, lorsque les lumières s’éteignaient, Mgr François-Xavier se penchait sur le lit pour célébrer la messe, de mémoire; il distribuait ensuite la communion aux cinq catholiques à ses côtés.

Des petits sachets fabriqués avec le papier des paquets de cigarettes conservaient la Présence eucharistique de Jésus. Chaque semaine, lors des séances d’endoctrinement, un petit sachet était donné à chacun des quatre autres groupes de prisonniers. C’est ainsi qu’ils savaient tous que Jésus était au milieu d’eux.

La nuit, les prisonniers se relayaient en des tours d’adoration. Jésus Eucharistie devint une aide inimaginable dans sa présence silencieuse. De nombreux chrétiens ont ainsi retrouvé la ferveur de la foi; leur témoignage de service et d’amour eurent un impact sur les autres prisonniers. Même des bouddhistes et des non chrétiens sont parvenus à la foi. L’obscurité de la prison est devenue lumière pascale et s’est transformée en école de catéchisme. Les catholiques baptisaient leurs compagnons et en devenaient les parrains.


De son expérience en prison a mûri la réflexion de Mgr François-Xavier: si Eucharistie et communion sont deux faces inséparables de la même réalité, cette communion ne peut être uniquement spirituelle. On s’achemine désormais vers la mondialisation dans tous les domaines; mais plutôt que de résoudre les problèmes de justice sociale, cela risque de les aggraver, car il manque un authentique principe unificateur, qui unisse les personnes, en les valorisant et non en les traitant comme une masse. Il manque le principe de communion et de la fraternité universelle: le Christ, pain eucharistique qui nous fait un en lui et nous enseigne à vivre selon un style eucharistique de communion. Si nous prenons conscience de ce qu’opère l’Eucharistie, nous lions entre elle les deux paroles de la prière dominicale: «Notre Père» et «notre pain».


  • Il naît le 17 avril 1928 à Huê au Vietnam.
  • En 1953, il reçoit l’ordination sacerdotale.
  • Le 24 juin 1967, il est ordonné évêque et il est nommé évêque du diocèse de Nha Trang.
  • Sa nomination, le 24 avril 1975, comme archevêque coadjuteur de l’archidiocèse de Saïgon est refusée par le pouvoir communiste. Il sera emprisonné du 15 août 1975 jusqu’au 21 novembre 1988.
  • En 1994, le pape Jean-Paul II le nomme vice-président du Conseil pontifical «Justice et Paix». Le 24 juin 1998, il en devient le président.
  • À la suite d’un cancer, Mgr Van Thuân décède le 16 septembre 2002 à Rome. Ses funérailles sont présidées par le pape Jean-Paul II.
  • En 2009, un séminariste d’origine vietnamienne serait le bénéficiaire d’une guérison attribuée à l’intercession de Mgr François Xavier. Ce miracle pourrait servir la cause de béatification ouverte depuis 2007.  La phase diocésaine du procès est maintenant terminée depuis le 5 juillet 2013.
  • Le 4 mai 2017, le pape François autorise la Congrégation pour les causes des saints à promulguer le décret reconnaissant les « vertus héroïques » du cardinal Van Thuân, lui attribuant ainsi la dignité de « Vénérable ».



C’est le titre du livre de Mgr François Xavier Nguyen Van Thuân relatant ses années en prison.

“Pasteur héroïque, cordial, simple et spontané, qui a laissé derrière lui un témoignage lumineux de foi”, affirmait de lui le pape Benoît XVI.

À méditer!



IMAGE : Mains dessinées par Jud de Pixabay

IMAGE : Famille Humaine par Gordon Johnson de Pixabay


2 Responses

  1. Cécile Légaré

    Merci pour ce texte très inspirant qui nous montre la force morale vécue chez une personne grâce à l’Eucharistie.
    Cécile Légaré

  2. Thérèse Cloutier Sarrazin,

    Merci de nous faire connaître le parcours de ce Saint. Vie remplie de sacrifices, de foi, d’espérance et d’Amour pour l’Eucharistie.
    Très impressionnant! Invoquons-le.

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